Fleurs blanches sur épines noires

14ème jour de confinement lié à l’épidémie de coronavirus COVID 19. Notre verger nous permet de prendre de bons bols d’air, quant au télétravail, il est habituel chez nous. En faisant le choix de vivre dans un petit village d’Argonne ardennaise de moins de 100 habitants, je crois bien que nous étions déjà — d’une certaine manière — confinés avant cette pandémie. Autour de la maison, les haies blanchissent. Le principal arbuste qui les compose est en pleine floraison avant même d’être couvert de feuilles.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Le prunellier, alias l’épine noire, s’est habillé de dentelles lumineuses pour plaire aux butineurs. Bourdons, papillons et abeilles ont répondu à l’appel silencieux du petit fruitier le plus célèbre des campagnes. Chaque étamine effleurée, chaque pistil fouillé lors de leur visite permet de féconder les fleurs qui, plus tard, se transformeront en petites prunelles bleues aromatiques.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Attention, qui s’y frotte s’y pique car le buisson dresse derrière ses jolies fleurs blanches des épines dures et acérées, longues de plusieurs centimètres, qui infligent de cuisantes éraflures. Un coin d’herbes folles oubliées par la tondeuse ? C’est lui, le prunellier, qui sera souvent le premier à s’installer pour transformer la friche en taillis. Au verger, pruniers et mirabelliers sont également en fleurs mais le gel nocturne risque bien cette année encore de contrarier nos rêves de récoltes sucrées. À défaut, nous ferons peut-être du sirop de prunelles.

Le Saint-Esprit de la Saint-Sylvestre

La semaine passée, au moment où l’année 2019 se terminait dans une étonnante douceur, un petit faucon a fait irruption dans notre horizon bleu azur. Une silhouette élancée, des ailes aussi pointues qu’une lame de faux et surtout une étrange façon de guetter les campagnols comme suspendu dans les airs. Pas de doute, c’était un faucon crécerelle.

Faucon crécerelle -vol en Saint-Esprit de face 1- David Melbeck

Son vol stationnaire, reconnaissable entre mille, est connu sous le nom de vol en Saint-Esprit. L’oiseau bat des ailes en restant sur place. Tout son corps s’emploie alors à trouver l’équilibre au milieu de tourbillons invisibles tandis que sa tête paraît complètement figée, immobile, l’œil fixé sur une proie. Étonnant !

Faucon crécerelle -vol en Saint-Esprit - profil - David Melbeck

Un autre rapace, la buse, pratique lui aussi ce curieux exercice de style mais son plus gros gabarit et ses ailes arrondies lui donnent un air moins élégant.

 

Étrangeté canine ?

Les dernières pluies ont provoqué l’apparition d’une nouvelle génération de champignons. Certains, très surprenants, se dressent au milieu des feuilles mortes. En voilà un qui a choisi de signer un pacte avec les mouches pour voir du pays. De la taille d’un doigt, sa tête est recouverte d’un gel visqueux et malodorant contenant des spores. Un met de choix pour les diptères qui disséminent ainsi le champignon. Il a reçu le nom de satyre des chiens, entre autres sobriquets disons… plus directs et familiers vu son aspect ! No comment.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

 

Créatures marines en eau douce

À quelques kilomètres de la maison, d’étranges créatures flottent entre deux eaux dans une profonde gravière de la vallée voisine. Des méduses ! Mais oui, c’est bien ça. Des dizaines de méduses d’eau douce voguent dans une eau transparente.

Méduse d'eau douce

Leur nom savant ? Craspedacusta sowerbii. L’étonnant animal est originaire d’Asie. Il a été sans doute introduit involontairement avec des plantes exotiques en Angleterre en 1880. Depuis, cette méduse semble s’inviter dans les eaux claires et stagnantes ou à très faible courant comme cet étang non loin de la Meuse. Peut-être aidée par les oiseaux aquatiques ?

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Leurs tentacules sont inoffensifs pour nous. En tout cas, nous l’avons touché volontairement sans aucune réaction urticante. En revanche, pour le minuscule plancton aquatique, rien n’est moins sûr. Cette observation date déjà de quelques jours, en pleine canicule. La forme “adulte” de ces méduses apparaît seulement en été quand la température de l’eau oscille autour de 25 °C ou plus.

Méduse d'eau douce – Version 2

Caméra cachée

Le mois de juillet 2019 a été particulièrement chaud. Je n’imaginais pas à quel point la mare créée il y a 4 ans dans notre verger allait devenir si importante en ces temps de canicule. Un simple piège photographique installé sur la berge nous dévoile chaque jour les visiteurs secrets de notre petit point d’eau. Une ribambelle de passereaux comme les bergeronnettes, linottes, bruants, chardonnerets, moineaux, merles et autres rouge-queues s’y baignent quotidiennement. Parfois, d’autres volatiles plus surprenants font leur apparition comme ces petits limicoles, les chevaliers guignettes, ces tourterelles des bois ou ce martin-pêcheur. Pourtant, cette année d’autres surprises nous attendaient encore à moins de 100 mètres de la maison. La preuve en images…

WildkameraPas de poisson pour ce héron cendré venu inspecter l’endroit.

WildkameraUne couleuvre à collier helvétique, régulièrement observée depuis l’année passée, enfin une (petite) preuve photo !

WildkameraTiens, un jeune renard explore la mare. Il reviendra plusieurs fois ce mois-ci. Même en plein jour.

Wildkamera
Un brocard, c’est-à-dire un chevreuil mâle, s’approche et se désaltère à plusieurs reprises.

Wildkamera
Toujours dans la série grosse surprise, un blaireau en maraude. Pas mal pour une mare bâchée, non ? 🙂

WildkameraDes chevaliers cul-blanc en halte migratoire dans la région.

Wildkamera

Et enfin de petites curieuses 🙂

Opération busard cendré

A quelques dizaines de kilomètres de la maison, un rapace menacé niche au milieu des blés. Oui mais voilà, la nichée entière risque d’être moissonnée. Des associations comme la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) ou le CPIE de Meuse (Centre Permanent d’Initiatives pour l’Environnement) mènent des opérations de sauvetage grâce au travail de surveillance des bénévoles et la participation des agriculteurs. Hier, j’ai pu prendre part à l’une d’elles.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

D’abord, repérer le nid (suite à une longue prospection de terrain ce printemps par les salariés et bénévoles des associations) et attraper les poussins.

busard cendré en main-David Melbeck

Ensuite, installer autour du nid une barrière anti-prédateurs qui sera visible lors de la moisson. Enfin, remettre les jeunes, partir en prenant soin de ne pas coucher le blé et s’assurer du retour des parents.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

L’installation est maintenue même après le passage de la moissonneuse batteuse, jusqu’à l’envol complet de la petite famille de busards. Mission réussie, hier nous avons sauver 4 petits de plus.

Jeune busard cendré posé après premiers envol-David Melbeck

cage busard cendré après moisson-David Melbeck

Chouettes, les hiboux !

Petite balade hier soir dans la vallée de l’Aire. Parfum de foin coupé, ciel flamboyant d’un soleil couchant, chants d’oiseaux, renard en maraude, lièvre tapis dans l’herbe, pie-grièche inquiète, héron à l’affût… Et puis dans un grand poirier du village voisin qu’on m’a gentiment conseillé d’examiner, de grands yeux m’observent avec curiosité.

Jeune hibou moyen- duc - David Melbeck

Chouette ! Un jeune hibou moyen-duc encore tout habillé d’un duvet gris me détaille du regard. Impatient, il a déjà quitté le nid mais il est encore incapable de voler. Quelques branches plus loin, la mère surveille passivement la scène.

Femelle hibou-moyen duc- David Melbeck

Les aigrettes dressées sur sa tête ne sont pas des oreilles, juste un ornement de plumes. Les véritables oreilles sont de simples trous cachés dans le plumage. Le hibou a pourtant une ouïe exceptionnelle qui lui permet de localiser précisément les bruits de pas d’une souris dans l’obscurité la plus totale totale et à plusieurs dizaines de mètres de distance. Au fait, chouette ou hibou, comment savoir ? Facile, seul les hiboux possèdent des aigrettes.

Hibou moyen-duc - David Melbeck

Le serpent de verre

Orvet de face-David Melbeck

Le célèbre et inoffensif orvet est en réalité un lézard sans patte. Contrairement aux serpents, il peut faire un clin d’œil grâce à ses paupières mobiles et il a la faculté de se séparer volontairement de sa queue en cas de danger. Elle se détache si facilement qu’on le surnomme « serpent de verre ». Le phénomène ne manque pas de détourner l’attention des prédateurs, permettant ainsi au reptile de sauver le reste de sa peau !

Orvet- David Melbeck

L’orvet passe presque sa vie entière — c’est-à-dire jusqu’à 50 ans — caché dans les herbes folles, le paillis, le foin, la mousse… Pierres, planches, plaques exposées au soleil sont d’excellents refuges pour se réchauffer dessous ni vu ni connu. La période des amours a commencé en ce moment. La preuve, ce couple surpris sous une bâche anti-herbes dans notre potager. Le mâle maintient la femelle, qui elle a les flancs sombres, en la mordant. Le temps d’un clic de paparazzi et je les ai vite laissé tranquille.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

La mouche du 25 avril

Une étrange mouche vole ces jours-ci. Toute noire, des pattes longues et pendantes, un vol hésitant et malhabile, la créature peut effrayer mais elle est inoffensive. Elle survole lentement les herbes folles, parfois en compagnie d’un grand nombre de ses semblables.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Les pêcheurs la connaissent sous le nom de mouche de mai ou mouche de la Saint Marc, date à laquelle elle apparaît souvent pour le plus grand bonheur des truites. En ce moment, ses larves, sortes d’asticots cachés dans la litière des sols riches et frais, se métamorphosent. Fin mai, ces paresseuses mouches sombres ne seront déjà plus visibles.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Les lèvres du lamier

Une plante se dresse en ce moment dans le verger. Sa tige est carrée, ses feuilles sont recouvertes d’une fine toison et arborent des nuances de pourpre. Si le végétal est plutôt classique, les membres de sa famille, les lamiacées, sont des aromates bien connus dans toutes les cuisines : thym, sauge, romarin, menthe… D’ailleurs la plante est comestible.

Lamier pourpre-David Melbeck

Sa fleur, elle, est une originale. Ses pétales se sont soudés en deux lèvres pour séduire et accueillir les butineurs, en particulier les bourdons. Ces grosses abeilles velues ont vite fait de remarquer la belle. Je les surprends souvent à forcer l’entrée étroite d’une corolle avec insistance pour accéder au nectar. C’est précisément ce que voulait le lamier pourpre. Les étamines cachées dans le « casque » de ses fleurs, conçues comme des mécanismes à bascule, peuvent ainsi déposer le précieux pollen sur les visiteurs.

Lamier pourpre et bourdon