Les larves aux plumeaux de soies

Quelques drôles de bestioles flottent dans la mare du verger en ce moment. Des sortes de vers d’environ 4 cm de long, reliés à la surface par un plumeau clair. Nous les avions déjà aperçus peu après la création de la pièce d’eau sans les avoir réellement identifiés. Voilà qui est fait.

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Ce sont des larves de stratiomys, des mouches particulières qui n’ont pas de nom commun. Dans leur tendre enfance aquatique, elles se nourrissent de restes végétaux ou animaux en décomposition. Une fois adultes, elles ont plutôt un faible pour le nectar des fleurs en ombelles comme celles de la carotte sauvage.

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Les stratiomys sont des mouches bien étranges. D’abord, elles semblent avoir enfilé un pyjama de guêpe pour mieux tromper les copains (en fait, elles sont complètement inoffensives). Ensuite, leur abdomen rayé est aplati, sans parler de leur gros derrière qui dépasse de chaque côté des ailes.

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Elles semblent avoir confiance dans leur déguisement car elles se laissent facilement observer et en plus, elles n’ont pas vraiment la bougeotte. Mais ces diptères-là ne sont visibles qu’au début de l’été. Le reste du temps, elles batifolent dans la mare sous leur forme larvaire.

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Brochets embusqués

Petite plongée dans le monde aquatique avec les enfants. Masque et tuba suffisent pour surprendre les brochets à l’affût au fond de l’eau.

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Leur robe d’écailles verte savamment zébrée de zones claires leur permet de passer presque inaperçus parmi les jeux d’ombres et de lumière qui dansent sous la surface.

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Presque, car nous avons pu en observer quelques uns à plusieurs dizaines de centimètres de distance. Ces prédateurs hors du commun attendent qu’une proie passe à portée de dents pour jaillir comme l’éclair gueule grande ouverte. Gare aux petits poissons imprudents.

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Le ver manipulateur

Un bout de fil de fer se tortille dans le bac à sable en plastique rempli d’eau du jardin. C’est un ver parasite long de 10 à 15 cm, épais d’un millimètre, un nématomorphe qu’on appelle aussi gordien. Il est inoffensif pour nous autres humains mais son cycle de vie est incroyable.

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Sa minuscule progéniture se glisse à l’intérieur de larves aquatiques comme les porte-bois ou les éphémères. Les insectes contaminés se métamorphosent et vivent leur courte vie sans problème. Une fois mort, leur cadavre, toujours contaminé, doit alors tomber sur le sol et se faire dévorer par un grillon, un carabe ou un autre insecte. C’est à cette condition que le gordien arrivera au stade adulte. Il dévorera les entrailles de son nouvel hôte sans toucher aux organe vitaux.

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Oui mais voilà, le parasite a besoin de retrouver le monde aquatique pour se reproduire. Il va alors chimiquement manipuler son hôte et le pousser à se jeter à l’eau. Un suicide forcé en quelque sorte… Tandis que la pauvre victime se noie, le gordien perce son abdomen et extrait son corps incroyablement long. Comment une si petite bête pouvait-elle abriter un tel animal ? Le biologiste qui les étudie parle de ver déguisé en insecte !

Chauds les crapauds !

Les femelles de crapauds communs, très attendues par les mâles, sont enfin arrivées dans l’étang. Pourtant, beaucoup de célibataires sont encore à caser… Il suffit de tapoter la surface de l’eau pour que des troupes entières de mâles excités vous assaillent, même en plein jour.

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Ils sautent littéralement sur tout ce qui bouge, y compris les autres prétendants. Trop d’hormones et de précipitation peut-être ? Toujours est-il que des petits cris plaintifs indiquent tout de suite leurs erreurs aux copains…  Les assaillants n’insistent pas en général. Celui-là convoite l’appareil photo !

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Sous l’eau, les couples déjà formés ont commencé à pondre. Le mâle, monté sur le dos de sa fiancée, la maintient fermement pour ne pas se faire « piquer la place »… La pauvre devra transporter cet encombrant passager encore quelques jours.

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Chassé-croisé nocturne

Les uns s’en vont, les autres arrivent. Après quelques nuits de « folies », les grenouilles rousses quittent l’étang du village voisin en laissant des milliers d’œufs dans l’eau. Mission accomplie.

Grenouille rousse - david melbeck

Sur le chemin du retour, elles croisent une autre espèce : des crapauds tout juste éveillés de leur long sommeil hivernal. Pour eux, la migration nuptiale commence seulement.

Crapaud commun - david melbeck

Les premiers à sortir sont les mâles : leur excitation et leur impatience est parfois source d’erreur. Ce soir, une pauvre salamandre en a fait les frais ! Il est temps, pour retrouver la paix entre espèce, que les femelles de crapauds communs entrent en scène…

Crapaud-salamandre - David Melbeck

Paquets gélatineux

Super : les grenouilles rousses ont commencé à pondre. On distingue quelques amas d’œufs qui flottent dans les zones peu profondes des mares, des étangs et même dans certaines flaques d’eau temporaires.

Ponte grenouille rousse -David Melbeck

L’invitation est lancée : ce soir, nous avons rendez-vous. La période des amours ne dure pas longtemps : dans une à deux semaines, les grenouilles rousses reprendront leur vie terrestre, cachées dans les bois, les jardins et les haies jusqu’à l’année prochaine. Pour observer leur manège aquatique, c’est maintenant !

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Chaque femelle pond habituellement entre 500 et 1000 œufs, parfois davantage pour les plus grosses. Bien sûr, la grenouille ne possède pas un ventre aussi large que le paquet gélatineux qu’elle abandonne. Un fois libérés dans l’eau et fécondés, les œufs peuvent multiplier leur volume par 100…  De minuscules têtards en sortiront au bout de 3 à 4 semaines selon la température.

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Délivrance de la salamandre

Petite visite nocturne dans les bois de l’Argonne. Les pluies de fin d’hiver permettent aux magnifiques salamandres de Fléville de déposer leurs progénitures dans quelques rares flaques de chemins forestiers. Le bel amphibien ne sort de sa cachette que si l’air ambiant est suffisamment doux et saturé d’humidité. C’est le cas !

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Pas d’œufs gélatineux comme chez les tritons ou les grenouilles, juste quelques larves, équipées de branchies, larguées directement dans des points d’eau très peu profonds. La femelle préfère avoir pied. Bizarrement, la salamandre tachetée n’est pas très endurante, elle peut même se noyer ! Hormis une ou deux nuits par an à cette époque, sa vie d’adulte est résolument terrestre.

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Sous la glace

Voici maintenant une semaine qu’il gèle chaque nuit. Le thermomètre est descendu jusqu’à – 6 °C. La mare est recouverte d’une couche de glace presque limpide (pas encore assez épaisse pour y patiner avec les enfants !).

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Aussi incroyable que cela puisse paraître, on voit pourtant des insectes aquatiques vaquer à leurs occupations sous cette masse gelée : notonectes, grands et petits dytiques sont actifs (acilius, gros dytiscus et aussi des micros coléos…).

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Comment respirent-t-ils ? Je ne vois aucune couche d’air sous la glace, quelques petites bulles tout au plus. J’ai lu que certaines espèces étaient capables d’utiliser l’oxygène dissous de l’eau. Peut-être est-ce le cas ici ?

Le bal des retardataires

Le 10/10/2016 : il est environ 14h00 et l’après-midi est bien ensoleillé. Alors que la première gelée blanche de l’automne a eu lieu le matin même, de jolies libellules rouges survolent une mare de pâture située à 3 ou 4 kilomètres de la maison.

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Elles sont assez nombreuses — une bonne dizaine — et plusieurs volent en tandem ou pondent leurs œufs sous la surface couverte de lentilles d’eau. Quel drôle de ballet aérien ! Le mâle, rouge vif, agrippe la femelle, plus terne, et l’accompagne sur le lieu de ponte. Ce sont des sympetrums qui vivent sans doute leurs dernières heures. Mais leur descendance est assurée : la prochaine génération émergera de l’eau l’été prochain.

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Grenouille verte

Depuis plusieurs semaines, elle sautait dans la mare à notre approche pour se cacher au fond de l’eau mais cette fois-ci, j’ai enfin réussi à la prendre en photo!

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La grenouille verte a fait déjà plusieurs apparitions durant l’été dernier, en 2015, soit à peine deux mois après la création de la mare ! Jusqu’à présent, nous avons observé un seul individu à la fois.

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Cette année, il n’a pas beaucoup plu depuis le mois de juillet, pourtant je suis plutôt fier de constater que le niveau d’eau se maintient assez bien, même s’il a baissé un peu bien-sûr.