Le trésor du sphinx

Tandis que le confinement perdure, nous occupons une partie de notre temps en menant quelques activités potagères. Soudain, un trésor est découvert dans la terre du jardin. Bêche, fourche et binette sont aussitôt abandonnées et gisent sur le sol. Nous voici à 4 pattes en train d’examiner l’étrange découverte. Dans une petite loge souterraine de la taille d’un œuf, un coffre magique d’environ 6 cm de long attend son heure.

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C’est une chrysalide de papillon de nuit. Pas n’importe lequel. À bien y regarder, l’emplacement de sa future trompe se démarque nettement du reste. Cet appendice ne laisse aucun doute: c’est un sphinx. Une chenille de sphinx du troène (Sphinx ligustri) a trouvé refuge dans le sous-sol du potager cet automne pour entamer sa nymphose et passer l’hiver à l’état de chrysalide. Clic, une photo, puis nous lui aménageons un nouveau refuge à l’écart des coups de bêches. Bientôt, un magnifique papillon nocturne, de grande taille (12 cm d’envergure), prendra son envol dans le jardin.

La mouche du 25 avril

Une étrange mouche vole ces jours-ci. Toute noire, des pattes longues et pendantes, un vol hésitant et malhabile, la créature peut effrayer mais elle est inoffensive. Elle survole lentement les herbes folles, parfois en compagnie d’un grand nombre de ses semblables.

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Les pêcheurs la connaissent sous le nom de mouche de mai ou mouche de la Saint Marc, date à laquelle elle apparaît souvent pour le plus grand bonheur des truites. En ce moment, ses larves, sortes d’asticots cachés dans la litière des sols riches et frais, se métamorphosent. Fin mai, ces paresseuses mouches sombres ne seront déjà plus visibles.

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Collete, l’abeille lapin

De ces terriers là, sortent de drôles de lapins… Ou plutôt de colletes lapin comme on les surnomme. De bon matin, ces surprenantes abeilles sauvages patientent à l’entrée de leur nid.

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Leurs antennes dépassent à peine de leur tunnel. Elles doivent se réchauffer avant de commencer leur journée de travail. Colletes cunicularius, c’est son nom savant, a beau ressembler à sa cousine à miel, sa vie est pourtant bien différente. La femelle creuse une galerie de 40-50 cm dans le sol meuble en guise de nid.

Colletes cunicularius et terrier - David Melbeck

Nulle reine, ni vie en société organisée, chaque individu possède son petit chez lui mais souvent très proche des voisins si bien qu’ensemble, les colletes lapin forment des villages de plusieurs dizaines ou centaines de terriers appelés bourgades.

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Au ras du sol, les rondes incessantes et bruyantes des mâles prêts à s’accoupler ou les allées et venues des femelles chargées de pollen ne passent pas inaperçues.

Collete lapin en vol - David Melbeck

Régulièrement, cette animation attire l’attention d’une abeille coucou comme le sphécode. Ne vous fiez pas à son joli abdomen rouge vif, c’est un parasite qui tue les larves de la collete pour pondre ses œufs dans son nid.

Sphecodes envol- David Melbeck

Sphecodes - David Melbeck

 

L’envol des mygales

Depuis hier, le jardin se couvre par endroit d’étranges tipis de soie reliés entre eux par un entrelacs de fils argentés. La plupart n’abrite aucune créature, ils sont juste là.

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Et puis enfin l’explication : des dizaines de petites araignées émergent de leur cachette en même temps, parcourent la végétation, grimpent au sommet de quelques tiges desséchées en dévidant collectivement leur bobine de soies blanches.

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Renseignements pris auprès de notre spécialiste nationale Christine Rollard (surnommée par ses collègues « la femme araignée »), ce sont des petits qui s’apprêtent à se disperser pour trouver un coin tranquille où débuter dans la vie. Leur technique ? Laisser filer plusieurs fils de soie dans la brise jusqu’à que le vent les emporte avec.

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Il ne s’agit pas de n’importe quel arachnide puisque ces jeunes appartiennent sans doute à l’espèce de mygale la plus nordique, celle dite « à chaussette » (Atypus affinis). Ce sont des mygalons d’à peine 3 mm de long. Dans le verger et le potager, incroyable ! Eh oui, des mygales vivent chez nous en Europe, même dans les Ardennes. Mais la bête ne dépasse pas 2 cm à l’âge adulte et vit cachée dans une toile en forme de chaussette sous les pierres et dans le sol meuble.

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Pluie de coccinelles

Tiens donc ! Qu’est-ce qui nous tombe dessus en ouvrant les volets aujourd’hui ? Une foule de coccinelles semblent avoir pris leurs quartiers d’hiver dans le coin d’une fenêtre de la maison. Ce phénomène est de plus en plus fréquent ces dernières années. À bien y regarder, leurs couleurs et leurs points sont très variables, leurs taches toujours mal dessinées contrairement aux pastilles bien rondes et nettes de notre espèce à 7 points. Pas de doute, ce sont des coccinelles asiatiques alias Harmonia axyridis.

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Un institut de recherche dans la lutte biologique en importa en 1982. Depuis le petit coléo a envahi nos campagnes et laisse peu de place à nos coccinelles indigènes qu’elles contaminent avec un parasite mortel.

 

L’œil du sphinx

En été, beaucoup d’insectes nocturnes profitent de la chaleur crépusculaire pour sortir de leur cachette. Une lampe oubliée sur la terrasse attire rapidement des visiteurs, tous fascinés par cette source de lumière qui paraît tellement plus intense que celle des étoiles. Des teintes inattendues colorent parfois ces animaux de l’obscurité. Parmi eux, le petit sphinx de la vigne fait sensation avec sa tenue de soirée rose-vif.

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Ses énormes yeux bombés semblent vous fixer. Mais à défaut de véritables pupilles, ils sont composés en réalité de 18000 ou 20000 facettes. Chacune est comme un œil miniature capable de capter la lumière, les ultraviolets, les mouvements mais aussi le rayonnement infra-rouge. Plus elles sont nombreuses, plus la vue est performante et adaptée à la faible luminosité.

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Quant à savoir si notre superbe papillon perçoit la couleur éclatante de ses congénères, mystère ! Car la couleur rouge apparaîtrait plutôt noire charbon aux yeux de la plupart des sphinx.

Grands mars et petits plats…

Posé sur la route forestière, un grand mars changeant prend un dernier repas avant la nuit. Tel un vieux coucou, ce grand papillon possède déjà pas mal d’heures de vol au compteur. Ses ailes plus ternes et abîmées en témoignent.

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C’est une vieille femelle qui habituellement vit plus discrètement à la cime des arbres. Elle pond ses œufs uniquement sur les feuilles de saules ou de peupliers. Sa longue langue enroulée au repos ne lui est d’aucune utilité pour collecter du nectar.

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Car comme tous ceux de son espèce, elle préfère les sels minéraux, les crottes, la sueur et les charognes aux délicates fleurs… La preuve en image avec ce mâle qui met les pieds dans le plat, d’autant que ces pattes abritent les organes du goût. Bon appétit !

Grand mars changeant male repas-david melbeck

Fausse coccinelle

Le week-end dernier, un drôle d’insecte jouait à cache-cache dans les herbes hautes. Mi coccinelle, mi scarabée voici le clytre des saules – Clytra laeviuscula pour les intimes. Sa tête semble avoir été enfoncée dans son thorax à coups de marteau et sa carapace n’est pas du tout bombée comme celle des « bêtes à bon dieu » habituelles.

Clytre des saules cache- David Melbeck

Le petit coléoptère mange des feuilles diverses dont celles de l’aubépine et du saule. La femelle pond à proximité d’une fourmilière dans des sortes de petits emballages. Les fourmis, trompées, embarquent les œufs comme elles le feraient pour n’importe quels matériaux de construction. Les parasites sont dans la place. Les larves du clytre vont alors se nourrirent aux dépens des fourmis, de leurs œufs et de leurs couvains pendant 2 ans avant de se transformer en cet insecte orangé brillant.

Clytre des saules - David Melbeck

Dytiques carnivores

Mais quel est donc cet animal qui flotte à la surface de notre mare ? Incroyable. Le dytique bordé, un des plus gros coléoptères aquatiques, prend son repas en surface. Il mesure environ 3 cm.

Dytique borde predation triton palmé-David Melbeck

Sa proie est plus grande que lui si bien que l’insecte carnassier ne parvient pas à la maintenir au fond de l’eau. Ses mandibules coupantes ont saisi un triton palmé adulte. La scène est surréaliste et terrible à la fois : le dytique découpe l’amphibien en steak !

Dytiques predation triton palmé-David Melbeck

Un autre coléoptère nageur, peut-être Colymbetes fuscus, tente de prendre part au festin. Lui aussi est un prédateur dans la mare. Tous les deux sont parfaitement adaptés à la vie aquatique. Ils stockent l’air sous leur carapace comme un plongeur avec ses bouteilles. Leurs longues pattes aplaties sont munies de poils raides. Elles servent de rames et de gouvernail. Quant au pauvre triton venu dans l’eau pour se reproduire… il a visiblement trop tardé pour reprendre sa vie terrestre.

Cerises d’automne

Les feuilles mortes tombées récemment tapissent le parterre forestier. Parfois de petites boules soudées à une feuille de chêne attirent le regard. Des œufs ? Non. Des balles ? Non. Et des pommes ? Non plus ! Pourtant certains les appellent « Pommes ou encore cerises de chêne » bien qu’elles ne soient pas comestibles. Voilà en réalité d’étranges couveuses végétales qui abritent des larves. Ce sont des galles provoquées par la piqûre d’une petite guêpe, le cynips du chêne.

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Un jour d’été, le minuscule insecte atterrit l’air de rien sur une feuille de chêne. Il injecte un œuf en plein dans une nervure. Le virus informatique est en place. À partir de ce jour, l’arbre, au lieu de suivre son développement habituel, va fabriquer en même temps que la feuille infectée une drôle de cerise de 20 mm de diamètre.

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À l’intérieur, un vermisseau boudiné commence à dévorer ni vu ni connu les cloisons végétales de sa chambre sur mesure. Un beau matin, il se métamorphose, perce sa prison et s’envole. Mais la galle, elle, reste attachée à son support et finit par tomber avec lui à l’automne.