Lâcher de ballons

Il y a une semaine encore, des dizaines d’argiopes fasciées tissaient leurs grandes toiles géométriques dans les herbes folles du verger. Leurs ouvrages de soie étaient alors très faciles à reconnaître car chez cette araignée, chaque artiste prend soin de signer sa toile d’une série de zigs-zags.

Le plus souvent, le bel arachnide reste planté au milieu de son piège à insectes. Un seul coup d’œil à son pyjama noir et jaune permet de comprendre d’où vient son autre nom d’argiope frelon.

Et puis ce matin, plus rien. Les argiopes ont quasiment toutes disparu ! En revanche, une multitude de petits ballons en forme de montgolfière à l’envers sont cachés ici ou là dans la prairie. Ce sont des cocons. Chaque femelle a tissé le sien pour y pondre des œufs, après quoi, elle meurt.

La prochaine génération d’argiopes passera l’hiver à l’abri, dans la soie, et n’en sortira qu’au printemps. Il faudra attendre la fin de l’été prochain pour les repérer facilement, éparpillées dans le verger, quand elles seront suffisamment grosses après leur régime estival de mouches et d’insectes en tous genres.

La lanterne et l’escargot

Mais que fait donc cet escargot dans notre jardin ? Ma parole, il bulle… Il mousse plus encore que du produit vaisselle et sème des paquets d’écume sur son parcours. L’explication n’est pas loin.

Une étrange bestiole blindée de plaques rôde autour de lui. C’est une larve de ver luisant ! Elle brille aussi par son appétit pour les mollusques. L’escargot constitue son unique régime alimentaire : elle les déguste un à un pendant deux ans avant de devenir un imago, c’est-à-dire un adulte capable de se reproduire et d’allumer sa lanterne les nuits d’été.

Sa méthode de chasse ? Elle le mord pour lui injecter une salive toxique et le dévore en aspirant ses entrailles. Le pauvre escargot tente de sauver sa peau en produisant un rempart de bulles visqueuses.

L’envol brisé des libellules

Les larves de la plus grande libellule de notre mare, l’anax empereur, semblent toutes obéir au même mystérieux signal en ce moment.

Elles escaladent les tiges de roseaux massette pour opérer leur extraordinaire transformation.

Quelle idée ! Des rafales de vent soufflent à plus de 70 km/h depuis 3 ou 4 jours, le tout accompagné de violentes averses. Leur métamorphose est vouée à l’échec.

Bien que les libellules réussissent à s’extirper de leur enveloppe larvaire, le vent ballottent sans cesse leurs ailes encore molles et les abîme irrémédiablement. Les délicates membranes se collent, se froissent, se plient ou se chiffonnent puis finissent par durcir en l’état.

Les pauvres insectes se retrouvent coincés sur leur tige, incapables de prendre leur envol. Seule la promesse d’une vie aérienne s’est envolée.

Modestes nettoyeurs

À l’instar des températures qui s’affichent sur le thermomètre, le mois de novembre défile en douceur. Dans la forêt proche de la maison, de gros scarabées se baladent encore fréquemment dans la litière de feuilles mortes ou en plein milieu des allées. Difficile de les manquer avec leur carapace noire et luisante aux reflets bleus. Qu’ils sont clinquants !

Ce sont des géotrupes des bois (Anoplotrupes stercorosus), des coléoptères appartenant à la grande famille des bousiers. Leur métier ? Recycler la matière organique en décomposition. Pas la peine de chercher à les voir rouler une bille de bouse, ils ne pratiquent pas cet “art”. Eux préfèrent creuser directement un terrier sous leur trouvaille.

Leurs plats préférés ? Les crottes de toute sorte, des champignons pourris (en particulier les cèpes ou les bolets) et en dessert des cadavres de limaces en putréfaction, voire ceux d’autres animaux… Bon appétit ! En tout cas, cet étonnant insecte blindé est très efficace pour faire disparaître rapidement excréments et autres restes peu ragoûtants.

Le trésor du sphinx

Tandis que le confinement perdure, nous occupons une partie de notre temps en menant quelques activités potagères. Soudain, un trésor est découvert dans la terre du jardin. Bêche, fourche et binette sont aussitôt abandonnées et gisent sur le sol. Nous voici à 4 pattes en train d’examiner l’étrange découverte. Dans une petite loge souterraine de la taille d’un œuf, un coffre magique d’environ 6 cm de long attend son heure.

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C’est une chrysalide de papillon de nuit. Pas n’importe lequel. À bien y regarder, l’emplacement de sa future trompe se démarque nettement du reste. Cet appendice ne laisse aucun doute: c’est un sphinx. Une chenille de sphinx du troène (Sphinx ligustri) a trouvé refuge dans le sous-sol du potager cet automne pour entamer sa nymphose et passer l’hiver à l’état de chrysalide. Clic, une photo, puis nous lui aménageons un nouveau refuge à l’écart des coups de bêches. Bientôt, un magnifique papillon nocturne, de grande taille (12 cm d’envergure), prendra son envol dans le jardin.

La mouche du 25 avril

Une étrange mouche vole ces jours-ci. Toute noire, des pattes longues et pendantes, un vol hésitant et malhabile, la créature peut effrayer mais elle est inoffensive. Elle survole lentement les herbes folles, parfois en compagnie d’un grand nombre de ses semblables.

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Les pêcheurs la connaissent sous le nom de mouche de mai ou mouche de la Saint Marc, date à laquelle elle apparaît souvent pour le plus grand bonheur des truites. En ce moment, ses larves, sortes d’asticots cachés dans la litière des sols riches et frais, se métamorphosent. Fin mai, ces paresseuses mouches sombres ne seront déjà plus visibles.

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Collete, l’abeille lapin

De ces terriers là, sortent de drôles de lapins… Ou plutôt de colletes lapin comme on les surnomme. De bon matin, ces surprenantes abeilles sauvages patientent à l’entrée de leur nid.

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Leurs antennes dépassent à peine de leur tunnel. Elles doivent se réchauffer avant de commencer leur journée de travail. Colletes cunicularius, c’est son nom savant, a beau ressembler à sa cousine à miel, sa vie est pourtant bien différente. La femelle creuse une galerie de 40-50 cm dans le sol meuble en guise de nid.

Colletes cunicularius et terrier - David Melbeck

Nulle reine, ni vie en société organisée, chaque individu possède son petit chez lui mais souvent très proche des voisins si bien qu’ensemble, les colletes lapin forment des villages de plusieurs dizaines ou centaines de terriers appelés bourgades.

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Au ras du sol, les rondes incessantes et bruyantes des mâles prêts à s’accoupler ou les allées et venues des femelles chargées de pollen ne passent pas inaperçues.

Collete lapin en vol - David Melbeck

Régulièrement, cette animation attire l’attention d’une abeille coucou comme le sphécode. Ne vous fiez pas à son joli abdomen rouge vif, c’est un parasite qui tue les larves de la collete pour pondre ses œufs dans son nid.

Sphecodes envol- David Melbeck

Sphecodes - David Melbeck

 

L’envol des mygales

Depuis hier, le jardin se couvre par endroit d’étranges tipis de soie reliés entre eux par un entrelacs de fils argentés. La plupart n’abrite aucune créature, ils sont juste là.

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Et puis enfin l’explication : des dizaines de petites araignées émergent de leur cachette en même temps, parcourent la végétation, grimpent au sommet de quelques tiges desséchées en dévidant collectivement leur bobine de soies blanches.

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Renseignements pris auprès de notre spécialiste nationale Christine Rollard (surnommée par ses collègues « la femme araignée »), ce sont des petits qui s’apprêtent à se disperser pour trouver un coin tranquille où débuter dans la vie. Leur technique ? Laisser filer plusieurs fils de soie dans la brise jusqu’à que le vent les emporte avec.

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Il ne s’agit pas de n’importe quel arachnide puisque ces jeunes appartiennent sans doute à l’espèce de mygale la plus nordique, celle dite « à chaussette » (Atypus affinis). Ce sont des mygalons d’à peine 3 mm de long. Dans le verger et le potager, incroyable ! Eh oui, des mygales vivent chez nous en Europe, même dans les Ardennes. Mais la bête ne dépasse pas 2 cm à l’âge adulte et vit cachée dans une toile en forme de chaussette sous les pierres et dans le sol meuble.

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Pluie de coccinelles

Tiens donc ! Qu’est-ce qui nous tombe dessus en ouvrant les volets aujourd’hui ? Une foule de coccinelles semblent avoir pris leurs quartiers d’hiver dans le coin d’une fenêtre de la maison. Ce phénomène est de plus en plus fréquent ces dernières années. À bien y regarder, leurs couleurs et leurs points sont très variables, leurs taches toujours mal dessinées contrairement aux pastilles bien rondes et nettes de notre espèce à 7 points. Pas de doute, ce sont des coccinelles asiatiques alias Harmonia axyridis.

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Un institut de recherche dans la lutte biologique en importa en 1982. Depuis le petit coléo a envahi nos campagnes et laisse peu de place à nos coccinelles indigènes qu’elles contaminent avec un parasite mortel.

 

L’œil du sphinx

En été, beaucoup d’insectes nocturnes profitent de la chaleur crépusculaire pour sortir de leur cachette. Une lampe oubliée sur la terrasse attire rapidement des visiteurs, tous fascinés par cette source de lumière qui paraît tellement plus intense que celle des étoiles. Des teintes inattendues colorent parfois ces animaux de l’obscurité. Parmi eux, le petit sphinx de la vigne fait sensation avec sa tenue de soirée rose-vif.

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Ses énormes yeux bombés semblent vous fixer. Mais à défaut de véritables pupilles, ils sont composés en réalité de 18000 ou 20000 facettes. Chacune est comme un œil miniature capable de capter la lumière, les ultraviolets, les mouvements mais aussi le rayonnement infra-rouge. Plus elles sont nombreuses, plus la vue est performante et adaptée à la faible luminosité.

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Quant à savoir si notre superbe papillon perçoit la couleur éclatante de ses congénères, mystère ! Car la couleur rouge apparaîtrait plutôt noire charbon aux yeux de la plupart des sphinx.