Cheveux de glace

Surprenante découverte hier matin en forêt d’Argonne, à Fléville : un morceau de bois mort couvert de nombreux filaments blancs soyeux, très fins et plutôt esthétiques. Une vision presque irréelle au milieu du tapis de feuilles ternes.

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Ce n’est pas un étrange champignon comme je l’imaginais. Après enquête, il s’agit de cheveux de glace. Un phénomène peu courant qui prend forme tôt le matin, par temps calme, lorsque le thermomètre descend en dessous de 0°C. Le lieu aussi a son importance: uniquement sous nos latitudes, sur un sol forestier, humide mais pas encore gelé. Une dernière condition façonne cette éphémère apparition.

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En réalité, c’est bien la présence d’un champignon dans le bois en décomposition de hêtre ou de chêne qui est à l’origine de ces cristaux de glaces incroyables. L’eau, qui s’extrait des pores du bois et gèle au contact de l’air froid, contient des composés liés à l’activité du champignon (Exidiopsis effusa pour les intimes). La chevelure de glace disparaîtra rapidement après le lever du soleil.

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Hibernation

Ce matin, comptage des chauves-souris dans une ancienne carrière ardennaise avec une partie de l’équipe du CENCA (Conservatoire d’espaces naturels de Champagne-Ardenne). Le site est aujourd’hui protégé. Ces inventaires annuels permettent de suivre l’état des populations. Le tout, en veillant à respecter scrupuleusement le sommeil hivernal de ces petites bêtes ultra-sensibles au dérangement. On inspecte donc brièvement la moindre fissure du souterrain.

murin a moustache - david melbeck

Comme beaucoup de chauves-souris en hibernation, ce murin à moustache pris en photo à la lueur de la lampe est recouvert de fines gouttelettes de condensation. L’humidité ambiante des cavernes évite à leurs ailes de se dessécher. Côté matériel, le flash est interdit sous peine de réveiller les chiroptères. Or, un réveil de trop en plein hiver peut leur être fatal.

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La fleur de terre

Une délicate plante pousse entre les pieds de pomme-de-terre.  Une mauvaise herbe ? Non, dans notre potager, elle est la bienvenue. Ses feuilles vert-cendré, fines et découpées comme celles du persil, semblent sortir de terre telles des volutes de brouillard au petit matin. Voilà qui a inspiré les botanistes pour lui donner son nom de fumeterre officinale. Elle a longtemps été surnommée « fleur de terre » car on croyait qu’elle apparaissait du sol sans même provenir d’une graine. Une plante magique !

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La plante annuelle s’élance à l’assaut du monde en s’appuyant un peu sur ses voisines. Rien qui ne perturbera le bon développement de nos légumes. À l’arrière de chacune de ses étranges fleurs mauves et allongées, on remarque une petite bosse curieusement arrondie. Le coffre aux trésors ! C’est en effet ici, dans l’éperon que se cache le nectar tant recherché par les insectes pollinisateurs. Bientôt, de petits fruits en forme de boules délivreront une nouvelle génération de graines prêtes à germer quand le sol sera de nouveau remué.

Fumeterre officinal en fleur- David Melbeck

Les chaussettes du renard

Beaucoup de mammifères sauvages utilisent davantage le flair et l’ouïe plutôt que la vue. Leurs yeux n’ont pas la capacité de distinguer autant de couleurs que nous, même s’ils sont plus efficaces à faible luminosité.

renard au loin-chemin-David Melbeck

Il suffit parfois d’être habillé de vêtements aux tons neutres pour les surprendre même au beau milieu d’un chemin forestier. Debout avec un vent de face, immobile et silencieux, j’ai laissé approcher ce renard en maraude jusqu’à moins de dix mètres de moi. Le temps d’admirer ses drôles de chaussettes noires ! Puis il s’est demandé ce que j’étais… Méfiant, le goupil a fini par faire demi-tour pour emprunter un autre sentier.

Renard-chemin- David Melbeck

Drôles de têtards

Les pontes de grenouilles rousses qui sont visibles dans notre mare changent d’aspect chaque jour. Des milliers de têtards à peine éclos se rassemblent en surface.

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La gangue gluante qui les entoure forme à la fois une nourriture consistante, une excellente isolation thermique et un rempart efficace contre les prédateurs de la mare. Insectes carnassiers et tritons s’engluent dans cette masse gélatineuse sans pouvoir atteindre le cœur grouillant de larves.

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Avant de prendre leur aspect habituel — ces fameuses petites boules équipées d’une nageoire — les têtards, plus allongés, possèdent des branchies externes qui bientôt se résorberont. En les regardant à la loupe, on découvre avec surprise leurs formes étranges et leurs couleurs. Toutes ces nuances de vert, gris ou bordeaux qui varient selon les individus…

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La cravate de la mésange

Hier, il a neigé. La mangeoire a de nouveau repris du service… Un des premiers à le remarquer est un oiseau encapuchonné de suie et au bec fin. Son ventre jaune est barré de noir. Impossible de confondre la mésange charbonnière. Avec l’hiver, elle a dû changer son régime alimentaire. Fini les larves dodues, bonjour les graines en tout genre même si elle réussi à débusquer quelques insectes dissimulés ici ou là.

Mesange charbonniere male - David Melbeck

Chez la mésange charbonnière, le mâle affiche une large bande noire sur la poitrine tandis qu’elle est bien plus fine chez la femelle.

L’herbe aux yeux bleus

Petite balade familiale en forêt d’Argonne ardennaise, à Cornay, le village voisin. Là, sur le bord du chemin, nous découvrons une étrange plante. On dirait une touffe d’herbe mais en y regardant de plus près, on remarque ces jolies petites fleurs qui déploient leurs pétales bleus au milieu des feuilles. Cette plante particulière, cousine miniature de nos iris, est un témoin de l’histoire.

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Voilà un siècle qu’elle a élu domicile ici, lorsqu’en 1917 les troupes américaines se sont déployées en France avec leurs chevaux sous le commandement du Général Pershing. Elle est arrivée en même temps que leur fourrage. Les graines contenues dans le foin importé d’Amérique du Nord ont permis à la Bermudienne des montagnes, surnommée herbe aux yeux bleus, de s’installer à proximité des anciens camps militaires américains de la première guerre mondiale.

C’est une plante obsidionale, c’est-à-dire, propagée par les armées. Ici, dans l’Est de la France, ravagé lors de la Grande Guerre, il en existe de nombreuses espèces.

Silhouettes de l’aube

Ce matin, petite visite avant le lever du jour aux étangs de Belval-en-Argonne pour assister au réveil des oiseaux. Des milliers de migrateurs y font halte en ce moment. Un jeu d’ombres chinoises se met en place dans la faible lumière du jour naissant.

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Le brouhaha commence. Les premières à s’agiter sont les grues : elles sont sans doute plus d’un millier ! Le départ est donné : des troupes entières s’envolent et passent au-dessus de moi.

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Dans ce concert de « grouu grrou », je perçois aussi des « cang cang » typiques des oies sauvages qui, déjà, volent en formation. Je m’attendais presque à apercevoir Nils Holgersson sur le dos du jars blanc…

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J’admire le vol pesant et puissant d’une troupe de cygnes qui passent tout près. Ils comptent parmi les oiseaux volants les plus lourds du monde. J’entends distinctement le bruit de leurs ailes s’appuyant sur l’air. Puis canards, vanneaux huppés, aigrettes et hérons vont aller et venir sous les clairons assourdissants et ininterrompus des grues. Chouette début de journée…

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Balades buissonnières

Flânez avec moi, au gré de découvertes naturalistes, le long des chemins buissonniers. La nature ordinaire, celle qui nous entoure, est un terrain d’exploration incroyable où une simple petite balade peut se transformer en un stupéfiant safari rempli de surprises. Comment faire ? Mettre le nez dehors et ouvrir grands les yeux !

Ce blog est une sorte de calendrier naturel où mes rencontres avec la biodiversité sont illustrées de photos et de légendes toutes simples. L’objectif est double : garder une trace de mes balades tout en vous donnant envie d’aller vous aussi dans la nature pour, je l’espère, émerveiller votre âme d’enfant curieux.