Des pierres et des lézards

49e jour de confinement. Les travaux d’aménagements au jardin continuent. Nous édifions en ce moment un mur de pierres sèches le long de la mare, autant pour servir de refuge à la petite faune que pour le plaisir des yeux.

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Tandis que je positionne une nouvelle pierre, ma fille m’interpelle. Un lézard ! Incroyable, le muret n’est pas encore terminé que déjà un lézard vivipare visite les lieux. Il aplatit son corps pour l’exposer le plus possible aux rayons du soleil et ainsi se réchauffer. Drôle de galette…

Lézard vivipare heliothermie - David Melbeck

Cousin du célèbre lézard des murailles, notre visiteur préfère les endroits plus humides et ne pond pas d’œufs contrairement à la plupart de ceux de sa famille. La femelle donne ainsi naissance à 5 ou 6 petits entièrement formés (les œufs éclosant dans son ventre). Tiens, sa queue est en train de se régénérer. Sans doute l’a t’il perdue pour sauver sa vie face à un prédateur (notamment les chats du voisinage).

Lézard vivipare queue tronquée - David Melbeck

Décidément, le mur semble très attractif puisque un autre reptile squatte les pierres de construction stockées juste à côté : un très beau lézard des souches se dore la pilule, nullement gêné par nos va-et-vient. Chouette récompense, allez hop, le chantier si prometteur pour la biodiversité continue.

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(Rajout: et hop, une petite photo du muret terminé peu après !)

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Le serpent de verre

Orvet de face-David Melbeck

Le célèbre et inoffensif orvet est en réalité un lézard sans patte. Contrairement aux serpents, il peut faire un clin d’œil grâce à ses paupières mobiles et il a la faculté de se séparer volontairement de sa queue en cas de danger. Elle se détache si facilement qu’on le surnomme « serpent de verre ». Le phénomène ne manque pas de détourner l’attention des prédateurs, permettant ainsi au reptile de sauver le reste de sa peau !

Orvet- David Melbeck

L’orvet passe presque sa vie entière — c’est-à-dire jusqu’à 50 ans — caché dans les herbes folles, le paillis, le foin, la mousse… Pierres, planches, plaques exposées au soleil sont d’excellents refuges pour se réchauffer dessous ni vu ni connu. La période des amours a commencé en ce moment. La preuve, ce couple surpris sous une bâche anti-herbes dans notre potager. Le mâle maintient la femelle, qui elle a les flancs sombres, en la mordant. Le temps d’un clic de paparazzi et je les ai vite laissé tranquille.

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Hibernation

Ce matin, comptage des chauves-souris dans une ancienne carrière ardennaise avec une partie de l’équipe du CENCA (Conservatoire d’espaces naturels de Champagne-Ardenne). Le site est aujourd’hui protégé. Ces inventaires annuels permettent de suivre l’état des populations. Le tout, en veillant à respecter scrupuleusement le sommeil hivernal de ces petites bêtes ultra-sensibles au dérangement. On inspecte donc brièvement la moindre fissure du souterrain.

murin a moustache - david melbeck

Comme beaucoup de chauves-souris en hibernation, ce murin à moustache pris en photo à la lueur de la lampe est recouvert de fines gouttelettes de condensation. L’humidité ambiante des cavernes évite à leurs ailes de se dessécher. Côté matériel, le flash est interdit sous peine de réveiller les chiroptères. Or, un réveil de trop en plein hiver peut leur être fatal.

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Les chaussettes du renard

Beaucoup de mammifères sauvages utilisent davantage le flair et l’ouïe plutôt que la vue. Leurs yeux n’ont pas la capacité de distinguer autant de couleurs que nous, même s’ils sont plus efficaces à faible luminosité.

renard au loin-chemin-David Melbeck

Il suffit parfois d’être habillé de vêtements aux tons neutres pour les surprendre même au beau milieu d’un chemin forestier. Debout avec un vent de face, immobile et silencieux, j’ai laissé approcher ce renard en maraude jusqu’à moins de dix mètres de moi. Le temps d’admirer ses drôles de chaussettes noires ! Puis il s’est demandé ce que j’étais… Méfiant, le goupil a fini par faire demi-tour pour emprunter un autre sentier.

Renard-chemin- David Melbeck

La garde du lézard

Les fagots de branches oubliées volontairement au coin du verger depuis deux ans remplissent complétement leur rôle aujourd’hui. Un magnifique lézard des souches s’y poste régulièrement.

Lezard des souches -David Melbeck

Ses tons vert-vif ne trompent pas : c’est un mâle adulte en pleine période de reproduction. Contrairement à son cousin le lézard vert, celui-ci garde le dos marron.

Lézard des souches male repro-David Melbeck

À bien y regarder, la femelle, entièrement brune et plus camouflée, n’est pas loin. Tous les deux prennent un bain de soleil. Dans quelques jours, le couple se séparera mais pour le moment, le mâle garde jalousement sa partenaire. Pas question de laisser un autre que lui s’accoupler avec elle !

Lezard des souches femelle-David Melbeck

 

Les bonds du lièvre

Quand il est au repos, le lièvre couche ses immenses oreilles contre son corps et se plaque sur le sol. Tapis au milieu des champs, il se sait presque invisible. Combien de fois sommes-nous passés à côté de lui sans l’apercevoir ? Mais s’il considère que nous sommes trop près de son gîte, le lièvre bondit alors au dernier moment à la vitesse de l’éclair, provoquant une drôle de trouille chez le promeneur éberlué. C’est ce qui s’est passé !

Lievre fuite 2 - David melbeck

Le capucin est capable de pointes de vitesse à plus de 60 km/h et de sauts de 3,50 m de longueur, voir plus. En quelques secondes, il était déjà loin, à l’abri des regards.

Lievre fuite - David melbeck

Cantine secrète

L’automne est bien là. Nous avons recommencé à faire du feu. Il est temps de rentrer quelques stères pour l’hiver. Petite surprise au cœur du tas de bois qui sèche dehors depuis deux ans déjà : nous découvrons, caché entre deux rondins, un stock de noisettes rongées. Voici le réfectoire secret d’un petit mammifère, sans doute un mulot sylvestre.

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Les rongeurs possèdent un grand nombre d’ennemis. Fouines, buses, chats, belettes, chouettes… tous veulent en faire leur casse-croûte. Notre mulot, par ailleurs bon grimpeur, se cache donc régulièrement dans sa cantine préférée pour grignoter ses repas en toute sécurité. Les traces de dents sont bien visibles sur chaque coquille abandonnée.

Noisette rongée-David melbeck

Chauds les crapauds !

Les femelles de crapauds communs, très attendues par les mâles, sont enfin arrivées dans l’étang. Pourtant, beaucoup de célibataires sont encore à caser… Il suffit de tapoter la surface de l’eau pour que des troupes entières de mâles excités vous assaillent, même en plein jour.

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Ils sautent littéralement sur tout ce qui bouge, y compris les autres prétendants. Trop d’hormones et de précipitation peut-être ? Toujours est-il que des petits cris plaintifs indiquent tout de suite leurs erreurs aux copains…  Les assaillants n’insistent pas en général. Celui-là convoite l’appareil photo !

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Sous l’eau, les couples déjà formés ont commencé à pondre. Le mâle, monté sur le dos de sa fiancée, la maintient fermement pour ne pas se faire « piquer la place »… La pauvre devra transporter cet encombrant passager encore quelques jours.

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Chassé-croisé nocturne

Les uns s’en vont, les autres arrivent. Après quelques nuits de « folies », les grenouilles rousses quittent l’étang du village voisin en laissant des milliers d’œufs dans l’eau. Mission accomplie.

Grenouille rousse - david melbeck

Sur le chemin du retour, elles croisent une autre espèce : des crapauds tout juste éveillés de leur long sommeil hivernal. Pour eux, la migration nuptiale commence seulement.

Crapaud commun - david melbeck

Les premiers à sortir sont les mâles : leur excitation et leur impatience est parfois source d’erreur. Ce soir, une pauvre salamandre en a fait les frais ! Il est temps, pour retrouver la paix entre espèce, que les femelles de crapauds communs entrent en scène…

Crapaud-salamandre - David Melbeck

Paquets gélatineux

Super : les grenouilles rousses ont commencé à pondre. On distingue quelques amas d’œufs qui flottent dans les zones peu profondes des mares, des étangs et même dans certaines flaques d’eau temporaires.

Ponte grenouille rousse -David Melbeck

L’invitation est lancée : ce soir, nous avons rendez-vous. La période des amours ne dure pas longtemps : dans une à deux semaines, les grenouilles rousses reprendront leur vie terrestre, cachées dans les bois, les jardins et les haies jusqu’à l’année prochaine. Pour observer leur manège aquatique, c’est maintenant !

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Chaque femelle pond habituellement entre 500 et 1000 œufs, parfois davantage pour les plus grosses. Bien sûr, la grenouille ne possède pas un ventre aussi large que le paquet gélatineux qu’elle abandonne. Un fois libérés dans l’eau et fécondés, les œufs peuvent multiplier leur volume par 100…  De minuscules têtards en sortiront au bout de 3 à 4 semaines selon la température.

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