L’installation du raton-laveur

Balade à moins de 10 km de la maison : là, au beau milieu d’un bois, près d’une ornière, des empreintes attirent mon attention. Des marques de petites mains griffues et de pattes arrières plus longues, avec les doigts arrondis, sont imprimées dans la boue. Mais oui ! Ce sont bien les traces typiques d’un raton-laveur.

Ce petit mammifère venu d’outre-Atlantique semble être à la conquête de l’Europe toute entière depuis la fin du siècle dernier. En France, il s’est échappé dès 1966 d’une base militaire de l’OTAN située en Picardie, des soldats américains l’ayant apporté comme mascotte puis vraisemblablement relâché avant de repartir. Depuis, son extension sur tout le territoire est considérable d’autant que d’autres ratons-laveurs, descendants d’animaux échappés d’élevages, franchissent les frontières depuis l’Allemagne.

Le voici ici dans un parc animalier. Il n’en reste pas moins que le raton-laveur, omnivore et très opportuniste, s’est acclimaté sans problème à la vie sauvage et à la diversité de nos paysages : campagne, forêt et même en périphérie des villes. Un nouveau venu au côté du ragondin, du rat musqué, de la tortue de Floride, de l’écrevisse de Californie et de bien d’autres encore, qui allonge la liste des animaux introduits sans que l’on sache vraiment quel sera son impact sur notre environnement.

La mare au fil des saisons

Depuis sa création en mars 2015, la mare du verger a bien évolué. C’est en la photographiant au cours des 12 derniers mois que ses différents aspects sautent aux yeux.
Mai 2020, la végétation a repris et le point d’eau grouille de vie.

Septembre 2020 : pour la 3ème année consécutive, une importante sécheresse sévit dans les Ardennes mais la mare tient bon. Elle n’a jamais été totalement à sec.

Janvier 2021, l’hiver pluvieux a permis de remplir à nouveau la mare. Une vague de froid venue du Nord gèle tout sur son passage.

Mars 2021, les giboulées continuent de remplir la mare. Quelle joie de s’attarder sur ses berges tout au long de l’année. Immanquablement, ces visites régulières font naître une curiosité enfantine, précieuse même, impatient que je suis de découvrir les secrets de ce merveilleux petit monde aquatique.

Remue-ménage

Ce matin, un bruyant remue-ménage éclate dans la rue. J’ouvre la fenêtre et j’assiste à un houspillage en règle d’un haut niveau de décibels. Dans un concert de cris, moineaux, merles, mésanges et geais des chênes vont et viennent en s’égosillant au coin du parc arboré situé en face de la maison.

Ces alertes insistantes ne signifient qu’une chose : les volatiles ont découvert la cachette d’un rapace nocturne. La petite ligue d’oiseaux tente de faire déménager le prédateur en le harcelant. Curieux, je sors, interrompant du même coup la scène et provoquant une envolée de moineaux. Je scrute attentivement un épicéa rabougris et couvert de lierre. Oui ! Elle est là.

Une chouette hulotte ensommeillée est perchée près du tronc, bien cachée. Apparemment, la troupe de passereaux n’a pas troublé son repos. Elle ouvre difficilement un œil avant de le refermer paisiblement. Je la laisse alors à sa quiétude retrouvée.

Le chant du grand-duc

Qui aurait cru que les nuits glaciales de janvier correspondaient aux moments les plus chauds de la vie amoureuse pour certains animaux ? Tandis que la renarde en chaleur lance ses appels nocturnes pour trouver un compagnon et s’accoupler, le passant lui, entend un cri lugubre qui lui glace le sang ! Il faut bien avouer que la voix plaintive de la belle rouquine n’est pas du plus bel effet. Son glapissement est d’ailleurs souvent repris dans les bandes-sons des films d’épouvante. Un autre amoureux hivernal cherche lui aussi une fiancée. Le très rare hibou grand-duc chante dans une forêt voisine.

La photo n’est franchement pas terrible mais l’ambiance y est ! Quelques minutes après 17h00, j’entends avec un ami une série de « houuu-hou » graves et monotones lancés par intermittence. Et puis le voilà: le plus grand de nos rapaces nocturnes vient de se percher là, sur un grand épicéa, à quelques dizaines de mètres de nous. La cime ploie sous son poids et sa silhouette typique se démarque bien malgré la nuit naissante. La femelle lui répond au loin avec sa voix un peu moins grave. Quel moment ! Mais déjà, il est presque 18H00, il faut rentrer si l’on souhaite respecter ce maudit couvre-feu imposé en raison de la COVID.

Modestes nettoyeurs

À l’instar des températures qui s’affichent sur le thermomètre, le mois de novembre défile en douceur. Dans la forêt proche de la maison, de gros scarabées se baladent encore fréquemment dans la litière de feuilles mortes ou en plein milieu des allées. Difficile de les manquer avec leur carapace noire et luisante aux reflets bleus. Qu’ils sont clinquants !

Ce sont des géotrupes des bois (Anoplotrupes stercorosus), des coléoptères appartenant à la grande famille des bousiers. Leur métier ? Recycler la matière organique en décomposition. Pas la peine de chercher à les voir rouler une bille de bouse, ils ne pratiquent pas cet “art”. Eux préfèrent creuser directement un terrier sous leur trouvaille.

Leurs plats préférés ? Les crottes de toute sorte, des champignons pourris (en particulier les cèpes ou les bolets) et en dessert des cadavres de limaces en putréfaction, voire ceux d’autres animaux… Bon appétit ! En tout cas, cet étonnant insecte blindé est très efficace pour faire disparaître rapidement excréments et autres restes peu ragoûtants.

Immersion avec les tritons

Ouah ! Équipé de sa parure qui semble préhistorique, un mâle de triton crêté — le bien nommé — flotte entre deux eaux devant mon masque de plongée. Avec ses 18 cm de long, c’est le plus grand triton des mares de nos régions.

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Malgré ses allures de lézard, voire de dragon miniature, l’étrange bestiole fait partie de la famille des amphibiens et non des reptiles. Aucune écaille ne protège sa peau fragile. Quand il passe quelques mois en mode aquatique, Monsieur développe sa crête impressionnante. D’ailleurs, c’est le rôle de cet attribut en dents de scie: impressionner les femelles ou les concurrents. Bref, épater la galerie.

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Bientôt, l’animal sortira de l’eau pour vivre sur le plancher des vaches jusqu’à la prochaine saison des amours, au printemps prochain. Mais avant ça, les femelles, qui elles sont dépourvues de crête, doivent pondre leurs œufs sur les feuilles des plantes aquatiques pour assurer l’avenir de leur espèce.

Triton dans l'eau

Émergence: d’un monde à l’autre

Il est déjà midi passé. Dans un carré d’herbes hautes qui borde la mare du verger, une transformation spectaculaire est en train de s’opérer. Une créature a décidé de troquer sa vie aquatique contre une vie aérienne.

Métamorphose libellule - Orthétrum réticulé

Son enveloppe aux allures de petit monstre se déchire, une forme apparaît après quelques soubresauts puis pendouille la tête en bas. Plusieurs minutes passent. Soudain, dans un effort fantastique, la bête se cambre et s’extirpe toute entière de sa vieille peau.

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Immobile, l’insecte n’en est pourtant pas moins actif. Le sang qui circule dans son organisme dessine de nouveaux contours, alimentant chaque cellule et chaque nouvel organe. Des ailes se déploient, un long abdomen se déplie, d’énormes yeux à facette se colorent.

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La créature poursuit sa métamorphose cachée parmi les boutons d’or et les rhinantes. Le moment est critique, son corps est mou et ses ailes flasques sont incapables d’assurer un premier vol. Il faut encore attendre.

Métamorphose Orthetrum4-David Melbeck

Après une petite heure, l’insecte dévoile son identité: c’est une femelle d’Orthetrum réticulé, une libellule commune aux abords des mares. Bientôt, Madame s’élancera dans les airs pour trouver un endroit tranquille et éloigné de ses eaux natales. Objectif ? Entamer la dernière phase de son émergence : sécher et durcir son squelette externe à l’abri des regards et des prédateurs.

Métamorphose libellule - Orthétrum réticulé

Seule, la vieille enveloppe abandonnée restera sur place, perchée dans les herbes folles, comme trace de cet extraordinaire passage entre deux mondes.

 

Des pierres et des lézards

49e jour de confinement. Les travaux d’aménagements au jardin continuent. Nous édifions en ce moment un mur de pierres sèches le long de la mare, autant pour servir de refuge à la petite faune que pour le plaisir des yeux.

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Tandis que je positionne une nouvelle pierre, ma fille m’interpelle. Un lézard ! Incroyable, le muret n’est pas encore terminé que déjà un lézard vivipare visite les lieux. Il aplatit son corps pour l’exposer le plus possible aux rayons du soleil et ainsi se réchauffer. Drôle de galette…

Lézard vivipare heliothermie - David Melbeck

Cousin du célèbre lézard des murailles, notre visiteur préfère les endroits plus humides et ne pond pas d’œufs contrairement à la plupart de ceux de sa famille. La femelle donne ainsi naissance à 5 ou 6 petits entièrement formés (les œufs éclosant dans son ventre). Tiens, sa queue est en train de se régénérer. Sans doute l’a t’il perdue pour sauver sa vie face à un prédateur (notamment les chats du voisinage).

Lézard vivipare queue tronquée - David Melbeck

Décidément, le mur semble très attractif puisque un autre reptile squatte les pierres de construction stockées juste à côté : un très beau lézard des souches se dore la pilule, nullement gêné par nos va-et-vient. Chouette récompense, allez hop, le chantier si prometteur pour la biodiversité continue.

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(Rajout: et hop, une petite photo du muret terminé peu après !)

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Pontes de grenouilles vertes

La semaine dernière, les grenouilles vertes, plus nombreuses cette année, ont pondu dans la mare du verger. Leurs amas d’œufs semblent arrimés à la végétation (une touffe de joncs).

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Contrairement aux pontes de grenouilles rousses qui ont été déposées 2 mois plus tôt, celles-ci se délitent plus facilement et la couleur des cellules embryonnaires est légèrement plus claire, tirant sur le brun plutôt que le gris ou le noir.

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Les mâles continuent de chanter puissamment grâce à leurs sacs vocaux gonflés à bloc. Ils semblent en surnombre par rapport aux femelles qui les fuient à chaque tentative d’approche. Du coup, ils se défient entre eux, se combattent ou tentent de s’agripper les uns aux autres dans un concert de réprobations !

Grenouille verte de dos- David Melbeck

Comment reconnaître une femelle ? Elle ne possède aucune bouée de part et d’autre de la tête et ne gonfle jamais de bulle de chewing-gum !

Grenouille verte tête chant- David Melbeck

Le trésor du sphinx

Tandis que le confinement perdure, nous occupons une partie de notre temps en menant quelques activités potagères. Soudain, un trésor est découvert dans la terre du jardin. Bêche, fourche et binette sont aussitôt abandonnées et gisent sur le sol. Nous voici à 4 pattes en train d’examiner l’étrange découverte. Dans une petite loge souterraine de la taille d’un œuf, un coffre magique d’environ 6 cm de long attend son heure.

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C’est une chrysalide de papillon de nuit. Pas n’importe lequel. À bien y regarder, l’emplacement de sa future trompe se démarque nettement du reste. Cet appendice ne laisse aucun doute: c’est un sphinx. Une chenille de sphinx du troène (Sphinx ligustri) a trouvé refuge dans le sous-sol du potager cet automne pour entamer sa nymphose et passer l’hiver à l’état de chrysalide. Clic, une photo, puis nous lui aménageons un nouveau refuge à l’écart des coups de bêches. Bientôt, un magnifique papillon nocturne, de grande taille (12 cm d’envergure), prendra son envol dans le jardin.