Modestes nettoyeurs

À l’instar des températures qui s’affichent sur le thermomètre, le mois de novembre défile en douceur. Dans la forêt proche de la maison, de gros scarabées se baladent encore fréquemment dans la litière de feuilles mortes ou en plein milieu des allées. Difficile de les manquer avec leur carapace noire et luisante aux reflets bleus. Qu’ils sont clinquants !

Ce sont des géotrupes des bois (Anoplotrupes stercorosus), des coléoptères appartenant à la grande famille des bousiers. Leur métier ? Recycler la matière organique en décomposition. Pas la peine de chercher à les voir rouler une bille de bouse, ils ne pratiquent pas cet “art”. Eux préfèrent creuser directement un terrier sous leur trouvaille.

Leurs plats préférés ? Les crottes de toute sorte, des champignons pourris (en particulier les cèpes ou les bolets) et en dessert des cadavres de limaces en putréfaction, voire ceux d’autres animaux… Bon appétit ! En tout cas, cet étonnant insecte blindé est très efficace pour faire disparaître rapidement excréments et autres restes peu ragoûtants.

Immersion avec les tritons

Ouah ! Équipé de sa parure qui semble préhistorique, un mâle de triton crêté — le bien nommé — flotte entre deux eaux devant mon masque de plongée. Avec ses 18 cm de long, c’est le plus grand triton des mares de nos régions.

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Malgré ses allures de lézard, voire de dragon miniature, l’étrange bestiole fait partie de la famille des amphibiens et non des reptiles. Aucune écaille ne protège sa peau fragile. Quand il passe quelques mois en mode aquatique, Monsieur développe sa crête impressionnante. D’ailleurs, c’est le rôle de cet attribut en dents de scie: impressionner les femelles ou les concurrents. Bref, épater la galerie.

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Bientôt, l’animal sortira de l’eau pour vivre sur le plancher des vaches jusqu’à la prochaine saison des amours, au printemps prochain. Mais avant ça, les femelles, qui elles sont dépourvues de crête, doivent pondre leurs œufs sur les feuilles des plantes aquatiques pour assurer l’avenir de leur espèce.

Triton dans l'eau

Émergence: d’un monde à l’autre

Il est déjà midi passé. Dans un carré d’herbes hautes qui borde la mare du verger, une transformation spectaculaire est en train de s’opérer. Une créature a décidé de troquer sa vie aquatique contre une vie aérienne.

Métamorphose libellule - Orthétrum réticulé

Son enveloppe aux allures de petit monstre se déchire, une forme apparaît après quelques soubresauts puis pendouille la tête en bas. Plusieurs minutes passent. Soudain, dans un effort fantastique, la bête se cambre et s’extirpe toute entière de sa vieille peau.

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Immobile, l’insecte n’en est pourtant pas moins actif. Le sang qui circule dans son organisme dessine de nouveaux contours, alimentant chaque cellule et chaque nouvel organe. Des ailes se déploient, un long abdomen se déplie, d’énormes yeux à facette se colorent.

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La créature poursuit sa métamorphose cachée parmi les boutons d’or et les rhinantes. Le moment est critique, son corps est mou et ses ailes flasques sont incapables d’assurer un premier vol. Il faut encore attendre.

Métamorphose Orthetrum4-David Melbeck

Après une petite heure, l’insecte dévoile son identité: c’est une femelle d’Orthetrum réticulé, une libellule commune aux abords des mares. Bientôt, Madame s’élancera dans les airs pour trouver un endroit tranquille et éloigné de ses eaux natales. Objectif ? Entamer la dernière phase de son émergence : sécher et durcir son squelette externe à l’abri des regards et des prédateurs.

Métamorphose libellule - Orthétrum réticulé

Seule, la vieille enveloppe abandonnée restera sur place, perchée dans les herbes folles, comme trace de cet extraordinaire passage entre deux mondes.

 

Des pierres et des lézards

49e jour de confinement. Les travaux d’aménagements au jardin continuent. Nous édifions en ce moment un mur de pierres sèches le long de la mare, autant pour servir de refuge à la petite faune que pour le plaisir des yeux.

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Tandis que je positionne une nouvelle pierre, ma fille m’interpelle. Un lézard ! Incroyable, le muret n’est pas encore terminé que déjà un lézard vivipare visite les lieux. Il aplatit son corps pour l’exposer le plus possible aux rayons du soleil et ainsi se réchauffer. Drôle de galette…

Lézard vivipare heliothermie - David Melbeck

Cousin du célèbre lézard des murailles, notre visiteur préfère les endroits plus humides et ne pond pas d’œufs contrairement à la plupart de ceux de sa famille. La femelle donne ainsi naissance à 5 ou 6 petits entièrement formés (les œufs éclosant dans son ventre). Tiens, sa queue est en train de se régénérer. Sans doute l’a t’il perdue pour sauver sa vie face à un prédateur (notamment les chats du voisinage).

Lézard vivipare queue tronquée - David Melbeck

Décidément, le mur semble très attractif puisque un autre reptile squatte les pierres de construction stockées juste à côté : un très beau lézard des souches se dore la pilule, nullement gêné par nos va-et-vient. Chouette récompense, allez hop, le chantier si prometteur pour la biodiversité continue.

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(Rajout: et hop, une petite photo du muret terminé peu après !)

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Pontes de grenouilles vertes

La semaine dernière, les grenouilles vertes, plus nombreuses cette année, ont pondu dans la mare du verger. Leurs amas d’œufs semblent arrimés à la végétation (une touffe de joncs).

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Contrairement aux pontes de grenouilles rousses qui ont été déposées 2 mois plus tôt, celles-ci se délitent plus facilement et la couleur des cellules embryonnaires est légèrement plus claire, tirant sur le brun plutôt que le gris ou le noir.

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Les mâles continuent de chanter puissamment grâce à leurs sacs vocaux gonflés à bloc. Ils semblent en surnombre par rapport aux femelles qui les fuient à chaque tentative d’approche. Du coup, ils se défient entre eux, se combattent ou tentent de s’agripper les uns aux autres dans un concert de réprobations !

Grenouille verte de dos- David Melbeck

Comment reconnaître une femelle ? Elle ne possède aucune bouée de part et d’autre de la tête et ne gonfle jamais de bulle de chewing-gum !

Grenouille verte tête chant- David Melbeck

Le trésor du sphinx

Tandis que le confinement perdure, nous occupons une partie de notre temps en menant quelques activités potagères. Soudain, un trésor est découvert dans la terre du jardin. Bêche, fourche et binette sont aussitôt abandonnées et gisent sur le sol. Nous voici à 4 pattes en train d’examiner l’étrange découverte. Dans une petite loge souterraine de la taille d’un œuf, un coffre magique d’environ 6 cm de long attend son heure.

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C’est une chrysalide de papillon de nuit. Pas n’importe lequel. À bien y regarder, l’emplacement de sa future trompe se démarque nettement du reste. Cet appendice ne laisse aucun doute: c’est un sphinx. Une chenille de sphinx du troène (Sphinx ligustri) a trouvé refuge dans le sous-sol du potager cet automne pour entamer sa nymphose et passer l’hiver à l’état de chrysalide. Clic, une photo, puis nous lui aménageons un nouveau refuge à l’écart des coups de bêches. Bientôt, un magnifique papillon nocturne, de grande taille (12 cm d’envergure), prendra son envol dans le jardin.

Fleurs blanches sur épines noires

14ème jour de confinement lié à l’épidémie de coronavirus COVID 19. Notre verger nous permet de prendre de bons bols d’air, quant au télétravail, il est habituel chez nous. En faisant le choix de vivre dans un petit village d’Argonne ardennaise de moins de 100 habitants, je crois bien que nous étions déjà — d’une certaine manière — confinés avant cette pandémie. Autour de la maison, les haies blanchissent. Le principal arbuste qui les compose est en pleine floraison avant même d’être couvert de feuilles.

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Le prunellier, alias l’épine noire, s’est habillé de dentelles lumineuses pour plaire aux butineurs. Bourdons, papillons et abeilles ont répondu à l’appel silencieux du petit fruitier le plus célèbre des campagnes. Chaque étamine effleurée, chaque pistil fouillé lors de leur visite permet de féconder les fleurs qui, plus tard, se transformeront en petites prunelles bleues aromatiques.

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Attention, qui s’y frotte s’y pique car le buisson dresse derrière ses jolies fleurs blanches des épines dures et acérées, longues de plusieurs centimètres, qui infligent de cuisantes éraflures. Un coin d’herbes folles oubliées par la tondeuse ? C’est lui, le prunellier, qui sera souvent le premier à s’installer pour transformer la friche en taillis. Au verger, pruniers et mirabelliers sont également en fleurs mais le gel nocturne risque bien cette année encore de contrarier nos rêves de récoltes sucrées. À défaut, nous ferons peut-être du sirop de prunelles.

Le Saint-Esprit de la Saint-Sylvestre

La semaine passée, au moment où l’année 2019 se terminait dans une étonnante douceur, un petit faucon a fait irruption dans notre horizon bleu azur. Une silhouette élancée, des ailes aussi pointues qu’une lame de faux et surtout une étrange façon de guetter les campagnols comme suspendu dans les airs. Pas de doute, c’était un faucon crécerelle.

Faucon crécerelle -vol en Saint-Esprit de face 1- David Melbeck

Son vol stationnaire, reconnaissable entre mille, est connu sous le nom de vol en Saint-Esprit. L’oiseau bat des ailes en restant sur place. Tout son corps s’emploie alors à trouver l’équilibre au milieu de tourbillons invisibles tandis que sa tête paraît complètement figée, immobile, l’œil fixé sur une proie. Étonnant !

Faucon crécerelle -vol en Saint-Esprit - profil - David Melbeck

Un autre rapace, la buse, pratique lui aussi ce curieux exercice de style mais son plus gros gabarit et ses ailes arrondies lui donnent un air moins élégant.

 

Étrangeté canine ?

Les dernières pluies ont provoqué l’apparition d’une nouvelle génération de champignons. Certains, très surprenants, se dressent au milieu des feuilles mortes. En voilà un qui a choisi de signer un pacte avec les mouches pour voir du pays. De la taille d’un doigt, sa tête est recouverte d’un gel visqueux et malodorant contenant des spores. Un met de choix pour les diptères qui disséminent ainsi le champignon. Il a reçu le nom de satyre des chiens, entre autres sobriquets disons… plus directs et familiers vu son aspect ! No comment.

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Créatures marines en eau douce

À quelques kilomètres de la maison, d’étranges créatures flottent entre deux eaux dans une profonde gravière de la vallée voisine. Des méduses ! Mais oui, c’est bien ça. Des dizaines de méduses d’eau douce voguent dans une eau transparente.

Méduse d'eau douce

Leur nom savant ? Craspedacusta sowerbii. L’étonnant animal est originaire d’Asie. Il a été sans doute introduit involontairement avec des plantes exotiques en Angleterre en 1880. Depuis, cette méduse semble s’inviter dans les eaux claires et stagnantes ou à très faible courant comme cet étang non loin de la Meuse. Peut-être aidée par les oiseaux aquatiques ?

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Leurs tentacules sont inoffensifs pour nous. En tout cas, nous l’avons touché volontairement sans aucune réaction urticante. En revanche, pour le minuscule plancton aquatique, rien n’est moins sûr. Cette observation date déjà de quelques jours, en pleine canicule. La forme “adulte” de ces méduses apparaît seulement en été quand la température de l’eau oscille autour de 25 °C ou plus.

Méduse d'eau douce – Version 2