Lâcher de ballons

Il y a une semaine encore, des dizaines d’argiopes fasciées tissaient leurs grandes toiles géométriques dans les herbes folles du verger. Leurs ouvrages de soie étaient alors très faciles à reconnaître car chez cette araignée, chaque artiste prend soin de signer sa toile d’une série de zigs-zags.

Le plus souvent, le bel arachnide reste planté au milieu de son piège à insectes. Un seul coup d’œil à son pyjama noir et jaune permet de comprendre d’où vient son autre nom d’argiope frelon.

Et puis ce matin, plus rien. Les argiopes ont quasiment toutes disparu ! En revanche, une multitude de petits ballons en forme de montgolfière à l’envers sont cachés ici ou là dans la prairie. Ce sont des cocons. Chaque femelle a tissé le sien pour y pondre des œufs, après quoi, elle meurt.

La prochaine génération d’argiopes passera l’hiver à l’abri, dans la soie, et n’en sortira qu’au printemps. Il faudra attendre la fin de l’été prochain pour les repérer facilement, éparpillées dans le verger, quand elles seront suffisamment grosses après leur régime estival de mouches et d’insectes en tous genres.

Chatouilles à la brouille

Petite séance pieds nus dans l’eau fraîche. Quel bonheur de remuer les orteils dans le lit de graviers de l’Aire, la rivière, quand le thermomètre affiche 30 °C. Sous la surface, le nuage naissant de brouille attire alors des bancs entiers de petits poissons.

Goujons au corps tacheté et vairons opportunistes, reconnaissables aux bandes sur les flancs, recherchent le moindre morceau de ver, d’insecte ou d’algue comestibles dans la masse de particules en suspension. Bientôt, de jeunes chevesnes se joignent au ballet aquatique. Ces poissons blancs possèdent des écailles dorsales surlignées de tons sombres d’où leurs surnoms de dos noir. Et tout ce petit monde vous chatouille les orteils ! Le phénomène est bien connu des pêcheurs en culotte courte qui pratiquent, en été, la pêche à la brouille.

La lanterne et l’escargot

Mais que fait donc cet escargot dans notre jardin ? Ma parole, il bulle… Il mousse plus encore que du produit vaisselle et sème des paquets d’écume sur son parcours. L’explication n’est pas loin.

Une étrange bestiole blindée de plaques rôde autour de lui. C’est une larve de ver luisant ! Elle brille aussi par son appétit pour les mollusques. L’escargot constitue son unique régime alimentaire : elle les déguste un à un pendant deux ans avant de devenir un imago, c’est-à-dire un adulte capable de se reproduire et d’allumer sa lanterne les nuits d’été.

Sa méthode de chasse ? Elle le mord pour lui injecter une salive toxique et le dévore en aspirant ses entrailles. Le pauvre escargot tente de sauver sa peau en produisant un rempart de bulles visqueuses.

L’envol brisé des libellules

Les larves de la plus grande libellule de notre mare, l’anax empereur, semblent toutes obéir au même mystérieux signal en ce moment.

Elles escaladent les tiges de roseaux massette pour opérer leur extraordinaire transformation.

Quelle idée ! Des rafales de vent soufflent à plus de 70 km/h depuis 3 ou 4 jours, le tout accompagné de violentes averses. Leur métamorphose est vouée à l’échec.

Bien que les libellules réussissent à s’extirper de leur enveloppe larvaire, le vent ballottent sans cesse leurs ailes encore molles et les abîme irrémédiablement. Les délicates membranes se collent, se froissent, se plient ou se chiffonnent puis finissent par durcir en l’état.

Les pauvres insectes se retrouvent coincés sur leur tige, incapables de prendre leur envol. Seule la promesse d’une vie aérienne s’est envolée.

L’installation du raton-laveur

Balade à moins de 10 km de la maison : là, au beau milieu d’un bois, près d’une ornière, des empreintes attirent mon attention. Des marques de petites mains griffues et de pattes arrières plus longues, avec les doigts arrondis, sont imprimées dans la boue. Mais oui ! Ce sont bien les traces typiques d’un raton-laveur.

Ce petit mammifère venu d’outre-Atlantique semble être à la conquête de l’Europe toute entière depuis la fin du siècle dernier. En France, il s’est échappé dès 1966 d’une base militaire de l’OTAN située en Picardie, des soldats américains l’ayant apporté comme mascotte puis vraisemblablement relâché avant de repartir. Depuis, son extension sur tout le territoire est considérable d’autant que d’autres ratons-laveurs, descendants d’animaux échappés d’élevages, franchissent les frontières depuis l’Allemagne.

Le voici ici dans un parc animalier. Il n’en reste pas moins que le raton-laveur, omnivore et très opportuniste, s’est acclimaté sans problème à la vie sauvage et à la diversité de nos paysages : campagne, forêt et même en périphérie des villes. Un nouveau venu au côté du ragondin, du rat musqué, de la tortue de Floride, de l’écrevisse de Californie et de bien d’autres encore, qui allonge la liste des animaux introduits sans que l’on sache vraiment quel sera son impact sur notre environnement.

La mare au fil des saisons

Depuis sa création en mars 2015, la mare du verger a bien évolué. C’est en la photographiant au cours des 12 derniers mois que ses différents aspects sautent aux yeux.
Mai 2020, la végétation a repris et le point d’eau grouille de vie.

Septembre 2020 : pour la 3ème année consécutive, une importante sécheresse sévit dans les Ardennes mais la mare tient bon. Elle n’a jamais été totalement à sec.

Janvier 2021, l’hiver pluvieux a permis de remplir à nouveau la mare. Une vague de froid venue du Nord gèle tout sur son passage.

Mars 2021, les giboulées continuent de remplir la mare. Quelle joie de s’attarder sur ses berges tout au long de l’année. Immanquablement, ces visites régulières font naître une curiosité enfantine, précieuse même, impatient que je suis de découvrir les secrets de ce merveilleux petit monde aquatique.

Remue-ménage

Ce matin, un bruyant remue-ménage éclate dans la rue. J’ouvre la fenêtre et j’assiste à un houspillage en règle d’un haut niveau de décibels. Dans un concert de cris, moineaux, merles, mésanges et geais des chênes vont et viennent en s’égosillant au coin du parc arboré situé en face de la maison.

Ces alertes insistantes ne signifient qu’une chose : les volatiles ont découvert la cachette d’un rapace nocturne. La petite ligue d’oiseaux tente de faire déménager le prédateur en le harcelant. Curieux, je sors, interrompant du même coup la scène et provoquant une envolée de moineaux. Je scrute attentivement un épicéa rabougris et couvert de lierre. Oui ! Elle est là.

Une chouette hulotte ensommeillée est perchée près du tronc, bien cachée. Apparemment, la troupe de passereaux n’a pas troublé son repos. Elle ouvre difficilement un œil avant de le refermer paisiblement. Je la laisse alors à sa quiétude retrouvée.

Le chant du grand-duc

Qui aurait cru que les nuits glaciales de janvier correspondaient aux moments les plus chauds de la vie amoureuse pour certains animaux ? Tandis que la renarde en chaleur lance ses appels nocturnes pour trouver un compagnon et s’accoupler, le passant lui, entend un cri lugubre qui lui glace le sang ! Il faut bien avouer que la voix plaintive de la belle rouquine n’est pas du plus bel effet. Son glapissement est d’ailleurs souvent repris dans les bandes-sons des films d’épouvante. Un autre amoureux hivernal cherche lui aussi une fiancée. Le très rare hibou grand-duc chante dans une forêt voisine.

La photo n’est franchement pas terrible mais l’ambiance y est ! Quelques minutes après 17h00, j’entends avec un ami une série de « houuu-hou » graves et monotones lancés par intermittence. Et puis le voilà: le plus grand de nos rapaces nocturnes vient de se percher là, sur un grand épicéa, à quelques dizaines de mètres de nous. La cime ploie sous son poids et sa silhouette typique se démarque bien malgré la nuit naissante. La femelle lui répond au loin avec sa voix un peu moins grave. Quel moment ! Mais déjà, il est presque 18H00, il faut rentrer si l’on souhaite respecter ce maudit couvre-feu imposé en raison de la COVID.

Modestes nettoyeurs

À l’instar des températures qui s’affichent sur le thermomètre, le mois de novembre défile en douceur. Dans la forêt proche de la maison, de gros scarabées se baladent encore fréquemment dans la litière de feuilles mortes ou en plein milieu des allées. Difficile de les manquer avec leur carapace noire et luisante aux reflets bleus. Qu’ils sont clinquants !

Ce sont des géotrupes des bois (Anoplotrupes stercorosus), des coléoptères appartenant à la grande famille des bousiers. Leur métier ? Recycler la matière organique en décomposition. Pas la peine de chercher à les voir rouler une bille de bouse, ils ne pratiquent pas cet “art”. Eux préfèrent creuser directement un terrier sous leur trouvaille.

Leurs plats préférés ? Les crottes de toute sorte, des champignons pourris (en particulier les cèpes ou les bolets) et en dessert des cadavres de limaces en putréfaction, voire ceux d’autres animaux… Bon appétit ! En tout cas, cet étonnant insecte blindé est très efficace pour faire disparaître rapidement excréments et autres restes peu ragoûtants.

Immersion avec les tritons

Ouah ! Équipé de sa parure qui semble préhistorique, un mâle de triton crêté — le bien nommé — flotte entre deux eaux devant mon masque de plongée. Avec ses 18 cm de long, c’est le plus grand triton des mares de nos régions.

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Malgré ses allures de lézard, voire de dragon miniature, l’étrange bestiole fait partie de la famille des amphibiens et non des reptiles. Aucune écaille ne protège sa peau fragile. Quand il passe quelques mois en mode aquatique, Monsieur développe sa crête impressionnante. D’ailleurs, c’est le rôle de cet attribut en dents de scie: impressionner les femelles ou les concurrents. Bref, épater la galerie.

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Bientôt, l’animal sortira de l’eau pour vivre sur le plancher des vaches jusqu’à la prochaine saison des amours, au printemps prochain. Mais avant ça, les femelles, qui elles sont dépourvues de crête, doivent pondre leurs œufs sur les feuilles des plantes aquatiques pour assurer l’avenir de leur espèce.

Triton dans l'eau